Le problème terminologique du traducteur est double: que signifie ce terme inconnu dans le texte source, et comment dois-je le render dans le texte cible? Idéalement, il souhaite d’abord comprendre le concept exprimé par le terme original et a donc besoin d’une definition ou d’une explication; il souhaite ensuite pouvoir disposer dans sa langue de l’équivalent de ce terme, de préférence accompagné d’une note ou d’un contexte lui permettant de reformuler son texte avec le meme naturel que si c’était un original. Il importe de bien distinguer entre ces deux situations. En effet, dans un texte, le traducteur peut rencontrer à peu près n’importe quell terme et n’importe quelle variante d’un terme. Il est donc essentiel pour lui que les terminologues enregistrent tous les usages, c’est-à-dire les termes les plus corrects, mais aussi des termes désuets, des régionalismes, des particularismes, voire même des termes incorrects dès lors qu’ils apparaissent dans la littérature spécialisée ou ont été coulés dans des documents officiels ou considérés comme tels. C’est seulement à cette condition qu’il pourra trouver une réponse à ses problèmes terminologiques. Par contre, il serait souhaitable qu’il ne dispose que d’une seule solution pour la langue cible, afin de garantir l’homogénéité du message. Comme une langue peut être source pour les uns et cible pour les autres, réconcilier les deux points de vue n’est pas chose aisée; un marquage approprié de l’information et un système de liens entre les formes normalisées et les variantes rencontrées peuvent contribuer à une harmonisation en douceur de la terminologie utilisée dans les textes communautaires. Les besoins du traducteur ne se limitent bien sûr pas aux problèmes terminologiques au sens strict; ils concernent aussi les mots de la langue générale ou peuvent être de nature plutôt documentaire, notamment pour les citations et autres références aux textes officiels.
Des solutions différenciées peuvent donc devoir être recherchées pour y répondre valablement. Historiquement, les premiers outils de travail dont dispose le traducteur pour compléter ses connaissances et son expérience, ce sont des recueils sur papier. Il s’agit de dictionnaires, de glossaires, de fiches manuscrites etc. Ces ouvrages de référence, fruits de tant de labeur, ont toujours été et demeurent encore des auxiliaires indispensables. Leurs qualités et leur utilité ne sont plus à démontrer, mais leurs défauts sont également bien réels malheureusement. Les dictionnaires sont rapidement dépassés ou deviennent incomplets, tant le développement des sciences et des techniques est rapide, et tant le foisonnement de termes nouveaux qu’il engendre est impressionnant. La fiche du traducteur contribue à combler ces lacunes, mais son accès est limité, même si un effort est fait pour démultiplier les fiches en fonction des
langues, de synonymes, des éléments constitutifs des termes complexes. Et plus on multiplie les clés et les points d’accès aux informations sur papier, plus augmentent le poids des supports, l’espace nécessaire pour le stockage etc. Ce sont de telles considérations qui ont très tôt amené les responsables de la traduction et de la terminologie à se tourner résolument vers l’informatique. C’est pourquoi EURODICAUTOM appartient sans doute aux outils de linguistique informatique les mieux connus et les plus utilisés à l’intérieur des services de traduction des Institutions européennes, et même à l’extérieur de ceux-ci. Cette banque de données a fait l’objet de nombreux articles auxquels le lecteur est invité à se reporter pour se rafraîchir la mémoire. Qu’il soit permis de rappeler ici que ce n’est pas le premier projet lancé à la Commission pour automatiser l’accès à la terminologie (DICAUTOM et EUROTERM, par exemple, l’ont précédé), et que ce n’est pas non plus le dernier, puisqu’il s’inscrit aujourd’hui dans un ensemble plus complexe de développement d’outils terminologiques, dans le cadre de la modernisation des méthodes de travail dans les Institutions européennes. EURODICAUTOM convient bien pour rassembler la terminologie que leurs auteurs souhaitent partager et diffuser. Il est toutefois
rapidement apparu qu’un volume important de données naissaient localement, chez le traducteur, que certaines étaient tout à fait terminologiques, d’autres moins, qu’elle demandaient à être discutées et validées entre collègues de la même langue ou du même groupe, bref, qu’il était important de disposer aussi d’un outil local de saisie, integer au traitement de texte ou compatible avec lui, permettant un travail en commun et compatible avec EURODICAUTOM. Il fallait permettre à la trouvaille d’un traducteur d’être facilement mise à la disposition de l’ensemble de ses collègues intéressés. Le mandat qui a été confié à un groupe de travail “Terminologie” a dès lors été défini comme suit “organiser l’ensemble de la chaîne terminologique, depuis le repérage
des termes par le traducteur au cours de la traduction d’un document jusqu’à la diffusion la plus large d’une terminologie multilingue solide”. Parmi les actions à mener, la première priorité fut l’installation de MULTITERM comme outil local et la définition par des traducteurs, en collaboration avec des terminologues, d’un guide méthodologique pour garantir la cohérence de cette activité (voir l’article de C MERGEN, p 202). Pour améliorer la convivialité de l’accès à EURODICAUTOM et, à travers lui, aux données élaborées par les traducteurs, ou à celles du Conseil, du Parlement ou d’autres Institutions, une interface Web a été développée, grâce à l’appui du serveur ECHO, responsable des accès extérieurs (voir l’article de C MERGEN et TH FONTENELLE, p 210). C’est un premier pas important pour garantir sur l’intranet interinstitutionnel un accès plus aisé aux données terminologiques des Institutions. Les prochaines étapes du projet concernent essentiellement l’évolution de la base centrale pour tenir compte des evolutions technologiques au Centre de Calcul, l’amélioration des accès à l’ensemble des données disponibles, l’intégration plus poussée de la terminologie dans le processus de traduction, la diffusion généralisée de la terminologie commune aux Institutions. Pour permettre de telles évolutions et accroître les synergies entre les systèmes, il est rapidement apparu qu’une priorité devait consister à “nettoyer” les données d’EURODICAUTOM sur le plan formel. EURODICAUTOM présente l’avantage d’être un système souple et orienté vers une utilisation conversationnelle par le traducteur. Certaines données n’ont pas toujours pu être préparées ou adaptées en
conformité totale avec les règles de saisie, mais ceci n’empêche pas le système de les retrouver. Par contre, la réutilisation des données dans d’autres systèmes et l’évolution des possibilités de recherche sont freinées par cette inhomogénéité. Une vérification formelle des données est donc indispensable; leur importation dans EURAMIS est l’occasion d’y procéder puisque chaque élément d’information doit être replace dans un champ approprié (voir l’article de TH FONTENELLE, p 222). L’évolution d’EURODICAUTOM vers un système ouvert, de type client-serveur, sera alors possible. Différentes alternatives sont examinées, tant pour la base de production que pour celle de diffusion. Il faut tenir compte de la nécessité d’intégrer l’élément terminologique,
d’une part, dans l’ensemble de la chaîne de la communication écrite multilingue, et, d’autre part, dans le processus de collaboration interinstitutionnelle et dans le respect du principe de subsidiarité. Quelques-uns des grands principes qui ont présidé au
développement d’EURODICAUTOM restent d’actualité et doivent être renforcés. Le multilinguisme doit être garanti sans contraintes, et il faut être prêt à répondre aux exigences de futurs élargissements: la souplesse et le dynamisme des systèmes seront indispensables pour compléter ces qualités déjà présentes chez les fonctionnaires.
L’efficacité de la recherche doit permettre de contribuer à l’accroissement de la productivité du Service de traduction et des autres services utilisateurs (aide à la rédaction), mais aussi à une qualité plus grande et une homogénéité accrue des textes. Ceci passe par un renforcement de la collaboration interinstitutionnelle et par une plus
grande utilisation des moyens différés de prétraitement des textes: il ne faut pas, en effet, seulement s’assurer que le bon terme se trouve dans la base, il faut veiller à ce qu’il soit considéré comme bon par tous les intervenants, et qu’il soit introduit dans les textes même s’il n’a pas fait l’objet d’une recherche par le traducteur! Les premières mesures pour assurer une plus grande efficacité à la collaboration interinstitutionnelle ont déjà produit des résultats, puisque le Sous-Comité chargé de ces questions a dégagé un accord sur les élements de la structure d’une fiche commune aux institutions ainsi que sur les principes et les étapes pour parvenir à une base commune. Pour progresser d’une façon continue et aussi transparente que possible pour les utilisateurs, il faut développer des interfaces conviviales, c’est-à-dire proches de la vision du monde personnelle de chaque utilisateur. Ces interfaces doivent être ausssi découplées que
possible du moteur de la base; si elles intègrent toutes les fonctionnalités nécessaires, les modifications des plate-formes informatiques avec lesquelles elles communiquent n’auront pas de répercussion visible: l’interface traduira la requête dans le bon langage
de commande. C’est dans cet esprit qu’un projet encore plus ambitieux démarre aujourd’hui sous le nom provisoire One-stop shopping. Il s’agit, à partir d’une seule interface et à partir d’une seule question, de permettre une recherche dans différents systèmes d’information terminologiques ou à forte composante terminologique
(EURODICAUTOM, SdT-VISTA, CELEX etc). Tous ces projets et ces réalisations concernent surtout la consultation et la diffusion des données en utilisant des bases de
données conventionnelles; leur saisie également se fait d’une façon plutôt traditionnelle. Parmi les outils qui n’en sont qu’à leurs débuts, on peut mentionner les systèmes de recherche en texte libre, qui doivent permettre de retrouver efficacement tout type d’information dans des textes déjà traduits, sans qu’il ait fallu au préalable analyser des corpus et en extraire la terminologie ou la phraséologie. Il y a aussi des outils qui permettent d’extraire de documents les termes nouveaux, accompagnés d’informations contextuelles pertinentes, qui doivent permettre aux terminologues de repérer, de mettre au point et de fixer plus rapidement et plus efficacement les terminologies de pointe.
L’application de telles techniques à des textes plurilingues ou parallèles permettrait aussi d’extraire et de valider plus rapidement les terminologies disponibles dans les textes. Les prestations intellectuelles seraient alors plus ciblées, et les investissements nécessaires pour harmoniser la terminologie en Europe seraient perçus positivement dans la mise en oeuvre d’un service global de contrôle de qualité. Tous ces efforts s’adressent en premier lieu aux spécialistes des langues, mais ils doivent être complétés par un effort soutenu pour aider les auteurs, les rédacteurs de documents, qui ont eux aussi des problèmes de nature terminologique et linguistique. Si on veut garantir la
cohérence des textes, il n’est plus possible aujourd’hui de séparer aussi fortement que par le passé les activités de rédaction et de traduction. Il ne faudrait toutefois pas croire que les outils, à eux seuls, sont une panacée; il ne faudrait pas non plus qu’ils deviennent un alibi. Il faudra évaluer leur utilité globale: leur introduction peut rendre plus complexe le travail dans un service déterminé, peut même s’y traduire par une perte de temps, mais accroître considérablement l’efficacité totale de la chaîne de traitement des textes. Tantôt il faudra voir comment les intégrer au mieux dans une organisation en place, tantôt il faudra examiner comment l’organisation peut être adaptée pour tirer le meilleur profit des outils. Et surtout, il faudra toujours veiller à ne pas négliger les données, les contenus, sans lesquels les outils ne sont rie et ne peuvent rien. C’est sans doute là que résident les vrais défis de la modernisation des services!
ALAIN REICHLING
Chef de secteur
Commission européenne